Les temps sont durs. Le pouvoir d’achat vacille, les factures grimpent, et les Français apprennent à comparer le prix des pâtes au centime près. Dans ce contexte dramatique, une nouvelle tragédie nationale vient d’émerger : un ancien ministre n’a plus ses privilèges.
Oui, vous avez bien lu. Après des années passées à bénéficier d’avantages aussi discrets qu’un gyrophare sur le périphérique — chauffeur, indemnités, retraites confortables, accès prioritaire à tout et surtout à l’oubli — l’ex-haut responsable découvre l’austérité. Et il souffre. Il le dit. Il le répète. Il s’en plaint.
Car enfin, comment vivre décemment sans voiture de fonction ? Comment exister sans traitement particulier au restaurant, sans coups de fil qui ouvrent toutes les portes, sans ce petit supplément d’âme que procure l’argent public quand il arrive sans formulaire à remplir ?
Le plus touchant, sans doute, est cette incompréhension sincère : « J’ai servi l’État », explique-t-il, comme si servir l’État impliquait automatiquement une rente morale à vie. Comme si l’engagement public était une carte de fidélité : dix ans au sommet, un confort garanti jusqu’à la fin des temps.
Pendant ce temps-là, les citoyens — ces figurants de la République — font aussi des efforts. Ils renoncent aux vacances, comptent les kilomètres, repoussent les soins, acceptent que “c’est la crise”. Mais manifestement, l’effort national n’avait pas été clairement expliqué aux anciens ministres : il ne s’appliquait pas à eux.
Ce qui choque n’est pas tant la perte des avantages que la surprise qu’elle provoque. Comme si le privilège était devenu la norme, et la normalité une punition. Reprendre une vie ordinaire ? Quelle violence. Faire la queue ? Quelle indignité. Vivre sans passe-droit ? Presque une atteinte aux droits de l’Homme — version dorée.
Pourtant, si les temps sont durs pour tous, ils doivent l’être pour tous. Y compris pour ceux qui ont longtemps vécu hors-sol, dans un monde où l’État payait l’addition et où le mot “effort” concernait surtout les autres.